Promets-moi d’être heureux – Célestin Robaglia

Dans les pages de ce site, je fais souvent référence à Viktor Frankl, psychanalyste américain d’origine autrichienne, inventeur de la logopédie, qui affirme que l’homme qui manque de sens ne peut être heureux ou en tout cas éprouver un sentiment d’accomplissement. Selon lui il y a 3 voies, non exclusives, qui peuvent nous aider à donner un sens à notre vie:
Par la création (d’une œuvre, d’un projet,…), par l’amour (d’une personne, de la nature, d’une culture,…) ou, si les circonstances sont inaltérables, par l’attitude que nous adoptons vis à vis de ces circonstances.
C’est un peu les trois en même temps que le héros de ce roman a suivi. Car c’est pour une fois d’un roman qu’il s’agit ici. Un roman plein d’énergie et d’espoir qui donne envie de prendre sa vie à bras le corps.

Titre : Promets-moi d’être heureux
Auteur : Célestin Robaglia

L’auteur

Célestin RobagliaCélestin Robaglia est né en 1982 et a fait des études d’arts appliqués. A la fin de ses études il décide de s’installer en Bretagne, sa terre d’origine, et d’y créer un écohameau avec un groupe d’amis, réalisant ainsi son rêve d’enfance.
Le petit village, sans viser l’autonomie complète, pratique une forme de sobriété heureuse, développant des projets de potagers collectifs, de rénovation écologique et durable des lieux, etc…

Célestin Robaglia occupe le reste de son temps à vivre de ses passions : l’illustration, l’écriture et le développement personnel. Promets-moi d’être heureux est son premier roman.

Le livre « Promets-moi d’être heureux »

Célestin Robaglia nous propose avec Promets-moi d’être heureux un roman très actuel, l’histoire d’une quête somme toute assez banale (la quête de sens et de soi-même) mais à travers une petite troupe de personnages attachants, originaux et touchants. Des gens auxquels il est facile de s’identifier, pris dans le tourbillon de la vie contemporaine et qui décident tout d’un coup de remonter le courant. Ou plutôt de rejoindre la berge, de se poser et de laisser cette vie qui n’a pas de sens s’écouler sans eux, alors qu’ils se construisent un petit paradis en lisière du monde. Le récit est souvent touchant, émouvant mais l’humour n’est jamais loin.

L’histoire

« Promets-moi d’être heureux » est une phrase que Gabriel, le héros du livre, a entendu une nuit en rêve, prononcée par sa sœur. Ce rêve a priori absurde lui reviendra en pleine tête un peu plus tard et prendra tout son sens à la suite de circonstances exceptionnelles.

Gabriel habite Paris et travaille dans une société d’assurance. Son travail ne le passionne pas, mais il s’est résigné et a fini par se fondre dans une routine quotidienne un peu par conformisme, un peu par confort mais surtout par nécessité. En effet, il loge et nourrit depuis déjà quelques années son cousin Nominoë (dit Noé). Noë n’a pas grand chose de l’antique roi breton dont il porte le nom. C’est un jeune homme à la dérive que Gabriel a recueilli. Noé sauvé des eaux… Blessé par la vie et des deuils successifs, Noé n’arrive plus à entrevoir un avenir et s’est réfugié dans un monde intérieur qu’il alimente en jouant toute la journée à des jeux vidéo avachi sur le canapé en attendant que Gabriel rentre du boulot.

Un jour la petite Aziliz, nièce de Gabriel, fait irruption dans la vie des deux cousins. Sa mère (la sœur de Gabriel) et son père se sont tués en voiture. Gabriel est désigné comme tuteur légal.
Pas du tout préparé à ce bouleversement, Gabriel voit sa vie ennuyeuse mais bien huilée tout d’un coup sous un nouveau jour : Cette vie n’a aucun sens !
Les trois éclopés décident sur un coup de tête de tout plaquer et de vivre une vie qui a du sens. Gabriel quite son travail, achète un vieux van. Gabriel, Noé et Aziliz charge l’essentiel et le nécessaire dans la camionnette et partent à l’assaut de leur rêve, direction la Bretagne.

C’est alors le début d’une aventure extraordinaire, osée, pleine de doutes et de désenchantements, d’échecs et de succès, mais aussi d’espoir, de rencontre et de rêves accomplis. un voyage initiatique au cours duquel nos trois héros vont vers eux-mêmes. Je n’en dévoilerai pas plus car la lecture de ce livre fait partie du voyage à accomplir pour comprendre le cheminement des personnages vers ce rêve, et fait que l’on partage avec eux cette quête de sens qui nous habite tous.

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Une peinture réaliste

Ma crainte lorsque j’ai entamé la lecture de ce livre était de me trouver face à un Nième livre « feel good » bourré de bons sentiments et de bonnes intentions mais somme toute très éloigné de la réalité de monsieur et madame Tout-le-monde. Or très vite je me suis rendu compte que l’auteur, tout idéaliste et utopiste qu’il soit, a bien les pieds sur terre et a un regard peut-être même plus proche de la réalité que nous tous qui sommes coincés dans « la matrice ».

En effet le personnage principal est lui aussi perclus de doutes et réalise que sa décision de tout plaquer et peut-être la chose la plus idiote et irréfléchie qu’il ait jamais faite. C’est le périple lui-même, la confrontation avec les autres et avec la réalité, un sens retrouvé, qui va lui faire enfin réaliser que sa décision était la bonne.

Le passage où le héros prend la décision qui va changer sa vie du tout au tout est écrite d’une façon très cinématographique. Devant accomplir une tâche qui lui semble être un contre-sens de ce que devrait être la vie, il décide de quitter purement et simplement son travail. On vit cette scène au ralenti et on ressent cet appel de la liberté et de l’autodétermination, ce rejet d’une aliénation absurde et immorale. Mais on voit aussi le gouffre abyssal qui s’ouvre lentement sous les pieds du personnage, se disant que peut-être il vient de signer sa chute sociale définitive et qu’en plus il va entrainer avec lui deux êtres innocents qui comptent sur lui pour leur survie. Pourtant il n’y a pas de retour possible. C’est trop tard. Le doute le hante. Les « oui mais… » et les « Et si… » qui ferment de façon péremptoire tout pas en avant. C’est la petite fille qui étrangement dirige un conseil de guerre et force les décisions, balayant les hésitations d’une main vigoureuse. La jeune âme innocente et blessée devient la voix (et la voie) du monde.

Et puis il y a ce long passage ou, après avoir quitté Paris la fleur au fusil, on se rend compte au bout de quelques jours que ça ne sera pas aussi facile que prévu. C’est encore Aziliz qui constamment rappelle à chacun le rêve poursuivi et les raisons de cette épopée fragile. Sa foi en la légitimité de leur quête aura raison des doutes et des obstacles.

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Les événements et les rencontres qui apparaissent au long de ce voyage semblent le fait d’un complot de la vie pour nourrir mais aussi questionner, voire défier, la motivation de Gabriel à construire une vie pleine de sens.

En conclusion

Encore une fois ce qui m’a énormément plu dans ce livre c’est son ancrage dans la réalité. On y croit. Ce n’est pas un livre de bisounours qui nous ferait croire qu’il suffit de le décider pour changer de vie et qu’un changement de vie radical est un long fleuve tranquille. On tremble avec le héros lorsqu’il réalise la possible immense « connerie »  qu’il a faite en plaquant tout sur un coup de tête (boulot, appartement, vie sociale,…) alors qu’il a une enfant à charge et que tout retour en arrière sera très compliqué. Aucun obstacle que l’on peut imaginer dans une telle situation n’est oublié par l’auteur (les économies qui fondent comme neige au soleil, l’administration qui vous colle aux basques, la réalité de la vie quotidienne, se nourrir, se laver, se loger, l’éducation de la petite, etc…) L’auteur n’évite pas la question de l’argent par exemple, nécessaire quoiqu’on en pense. Il sait d’ailleurs de quoi il parle puisque c’est sa propre expérience qu’il raconte en fait ici, avec les outils du roman. Les difficultés et les façons de les surmonter sont donc parfaitement vécues.
Tout ceci fait que l’on y croit encore lorsque tous ces obstacles sont franchis un à un par les personnages, grâce à leur foi en leur destin, mais aussi à partir du moment où les personnages se rendent compte qu’ils ne souhaitent pas se mettre en marge de la société, mais seulement y trouver un sens. Y participer, mais à leur manière, selon leurs conditions, de façon constructive et non destructive.
Le dernier quart du livre a été pour moi une sorte de moment « Euréka », où j’ai compris pourquoi une telle décision peut faire peur, mais aussi pourquoi elle est loin d’être naïve et impossible. C’est une utopie atteignable, au prix de pas mal de courage, beaucoup de résilience et d’acceptation. On n’est pas dans un romantisme béat.

Un autre gros point positif de ce roman est qu’au delà de la réalisation de soi, cette histoire nous conte également que s’accomplir c’est aussi refuser de participer à la destruction de notre monde. La conscience de soi s’accompagne forcément d’une forme d’universalité et de la conscience d’appartenir à un tout, d’appartenir à la nature au sens large. Aller vers soi ce n’est donc pas fuir les autres et s’individualiser, c’est au contraire participer à la construction d’un avenir commun.
Il insiste sur l’importance, la nécessité même, de reconstruire le lien qui nous unit à la nature dans son ensemble.

Sur le plan littéraire je dois avouer qu’au début de ma lecture j’ai trouvé le style un peu « facile ». Même si je n’oublie pas qu’il s’agit d’un premier roman, Célestin Robaglia a du céder à une certaine sécurité stylistique. Mais j’ai noté une belle évolution de l’écriture et une maturité qui se construisait au fur et à mesure. J’ai avalé la deuxième partie du livre avec beaucoup de joie. J’y ai vu un parallèle heureux avec l’histoire même qu’il raconte.
Et malgré la difficulté de la quête entreprise par les héros, les échecs successifs, les remises en questions, les émotions vives et bouleversantes qu’ils traversent, on sourit souvent à la lecture de ce roman bourré de vie. Vivement un prochain livre de Robaglia !

Promets-moi d’être heureux est certes un roman, mais il est riche d’enseignements.
Tout le monde n’est pas obligé d’adopter une attitude aussi radicale que le héros de l’histoire, mais ce livre nous encourage a ne pas faire de compromis lorsque l’on cherche à donner plus de sens à sa vie. Prendre des décisions fortes dans ce contexte peut faire peur au premier abord, mais elles seront forcément payantes si elles vont dans le sens de nos rêves. Si la tentation de changer de vie, ou en tout cas d’améliorer considérablement votre vie actuelle en lui donnant plus de sens vous a un jour effleuré l’esprit mais qu’une tonne de doutes vous a alors assailli, vous trouverez beaucoup de réponses dans ce livre qui lèverons un bon nombre d’hésitations. Vous vous rendrez compte que vos peurs ne sont que rarement justifiées.

Avis des lecteurs

Lisez les commentaires des lecteurs de Promets-moi d’être heureux sur Amazon. L’avantage d’Amazon c’est que les achats sont « vérifiés ». C’est à dire qu’on est sûr que les commentaires viennent de personnes qui ont réellement lu le livre.
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En bref : les plus et les moins

Les plus

  • Un livre « feel good » enfin réaliste et proche de nous ! La difficulté d’une telle entreprise n’est pas occultée et des réponses concrètes y sont apportées.
  • Une belle histoire avec des personnages très attachants.
  • L’importance donnée au fait que la réalisation de soi n’est pas égoïste et s’accompagne d’une préservation de l’environnement dans l’interêt commun.
  • L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il a part de sa propre expérience pour écrire ce roman.
  • Je n’en ai pas parlé dans la chronique, mais il y aussi une belle histoire d’amour au cœur de cette aventure 🙂

Les moins

  • A part peut-être les premieres 20 à 30 pages légèrement plus faibles sur le plan du style (avis très personnel), je ne vois pas grand chose à reprocher à ce livre…

Quel format ?

Promets-moi d’être heureux existe au format numérique (Kindle ou eBook) et au format papier classique (broché). Sorti en 2018 il n’existe pas encore au format poche ni en audio à l’heure ou cet article est écrit.

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